Interview de Christian SCHWEYER, auteur du livre « Histoire des Monnaies Satiriques »

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Monographie de C. SCHWEYER

Le CNA a profité de la présence de Monsieur Christian SCHWEYER, l’auteur de la Monographie sur les Monnaies Satiriques, à la bourse numismatique d’Argenteuil le 07/02/2016, pour réaliser une interview.

CNA: A quelle occasion avez-vous commencé à vous intéresser à la numismatique ?

Christian SCHWEYER: C’est très précis, en mai 2006, grâce à ebay. Mais étant petit, j’avais eu une petite collection que j’ai perdue avec les déplacements. J’ai toujours eu un regret causé par cette perte.

CNA:  Pourquoi un intérêt particulier pour les monnaies satiriques ?

C.S: Comme je suis un militant habitué à batailler contre les autorités, je me suis dirigé tout naturellement vers les monnaies portant des marques de contestation.

CNA:  Pourquoi avoir eu la démarche d’écrire ce livre ?

C.S: Justement pour comprendre ces contestations, à quoi correspondait les regravures satiriques, et qui les avait faites. Le travail m’avait été proposé par un jeune étudiant en histoire, Thibault Cardon.

CNA: Est-ce un travail collectif ?

C.S: Bien sûr. Même si rapidement, il a été clair que c’est moi qui écrirait la majorité des articles, ils étaient soumis à la critique dès le premier jet. A Thibault Cardon, à Erika Masson, qui écrira aussi deux articles et à M. Gerd Uwe Pluskat, un collectionneur allemand intéressé par le sujet. D’autres personnes collaboreront aussi comme M. Guy Lavinal, un ancien collectionneur. J’en ai parlé également dans mon entourage, montrant des monnaies et des médailles, ce qui a amené de nouvelles idées. Il y a aussi toute la bibliographie. Je crois, en fait, que tous les ouvrages sont plus ou moins collectif à différents degrés. Ils s’insèrent dans un époque, avec un certain niveau de connaissance, et dans un milieu de collectionneurs et de spécialistes divers. Les messageries et internet permettent d’ailleurs de plus en plus ce caractère collectif, ce bain d’informations et de réactions dans lequel baigne un auteur.

CNA: Comment expliquez-vous que ce sujet n’ait pas suscité la rédaction d’un ouvrage avant le vôtre ?

C.S: Peut-être à cause de la complexité et la diversité des regravures. Il n’est pas facile de les ranger. Aussi parce que, pendant longtemps, les numismates ne se sont intéressés qu’aux belles pièces des productions officielles. La numismatique populaire était dédaignée comme un domaine de roturier, indigne de côtoyer des tétradrachmes et des mérovingiennes dans une collection. Cela a changé récemment, par exemple avec l’ouvrage de Jean-Claude Chort sur les monnaies fautées, certes officielles, mais largement méprisées pendant longtemps.

CNA: Votre ouvrage est donc le premier à traiter de ce sujet de manière très approfondie ?

C.S: Pas tout à fait. Une étude fouillée, mais cependant  moins ample, avait été faite entre 1974 et 1982, en collaboration, par un États-unien, Richard Dickerson, et par un Allemand, le Dr Schulze. Ce dernier avait publié en Allemagne une brochure de 56 pages dédiée aux monnaies et médailles satiriques de Napoléon III. L’article de Dickerson sur les coiffes militaires avait été traduit dans les numéros 42 à 44 de Numismatique & Change, en 1975. Pour le reste, sur la France, il n’y a eu que des articles partiels. Il existe aussi une monographie sur les regravées portugaises du début du XXe siècle et des études sur des médailles satiriques états-uniennes, britanniques, allemandes.

CNA: Comment conseillez-vous de collectionner les monnaies satiriques ?

C.S: Cela dépend de chacun. Certains seront sensibles à la beauté de la regravure, d’autres à l’aspect historique, et à la période Napoléon III, le plus souvent. Certains s’attacheront aux frappées, c’est-à-dire aux médailles satiriques. D’autres seront plutôt dans le domaine militaria avec les croix de Lorraine de la Deuxième Guerre mondiale. Il y a même une personne qui collectionne les fausses satiriques. Il est même venu à mon stand, dimanche dernier à Argenteuil avec deux lira de Pie IX regravées en me demandant si c’était des fausses. Je lui ai dit qu’elles étaient d’époque et incontestablement authentiques. Déçu, il les a rapportées au marchand.

CNA: Quel est le niveau des prix de monnaies satiriques ? Sont-elles encore abordables ?

C.S: Les satiriques font partie du milieu de gamme. Ce ne sont pas des pièces très chères. Une regravée de professionnel d’époque, correctement faite, peut s’évaluer à 50 €. C’est ce que j’ai mis dans le livre. Mais c’est plus une référence qu’une cote car le marché est petit et très irrégulier. En ce moment le milieu de gamme en numismatique a vu baisser ses prix. Cela se produit à la suite du tassement du prix de l’or et d’un certain appauvrissement des couches moyennes. C’est aussi dû à une incertitude sur l’avenir. Les satiriques, sur les sites d’enchères, ont accompagné cette baisse en-dessous de ce niveau de 50 €. Il y a cinq ou six ans, la même monnaie pouvait se vendre 60 ou 70 € sur les mêmes sites. Évidemment, les prix ne sont pas les mêmes dans une bourse d’échanges, sur les sites d’enchères ou chez des professionnels ayant pignon sur rue.

CNA: Ne craignez vous pas que votre ouvrage entraîne une augmentation du prix de telles monnaies ?

C.S: Il y aura forcément de nouveaux collectionneurs et donc une augmentation de prix. D’après moi, elle va être limitée. En effet, car cela va attirer les faussaires. Mais l’existence de mon livre les obligera à des productions de bien meilleures qualités que ce qu’ils vendent aujourd’hui sur ebay qui est carrément moche. Après une augmentation, les prix retomberont sans doute un peu à cause de ces faussaires, quoique avec les familles référencées ils sera plus facile de ne pas se faire berner par ces fabricants modernes. Le risque existera cependant de façon plus importante pour les regravées frustes. Il est aussi possible qu’il apparaisse des productions modernes assumées comme telles, mais nettement moins chères. Sauf si des artistes s’y mettent comme pour les hobos aux Etats-Unis.

CNA: Comment sera distribué votre livre ?

C.S: Pour le moment, c’est moi qui le diffuse. Mais CGB et iNumis devraient le diffuser prochainement.

CNA:  Envisagez-vous une nouvelle édition actualisée d’ici quelques années?

C.S: Pas pour le moment. Je n’ai pratiquement pas de matière. Mais la publication va soulever un certain nombre d’informations auxquelles je n’avais pas accès. Aussi, des hypothèses du livre vont être mieux fondées ou alors attaquées avec des arguments et des images. Autre source, les archives de l’État. Thibault Cardon y avait trouvé des enquêtes de police sur les regravées de Charles X en jésuite et sur les monnaies mutilées de Napoléon III. Mais 90% de ces archives sont inexploitées. Peut-être cela donnera-t-il envie à des personnes d’y chercher des traces de satire monétaire. Tout cela donnera des éléments à organiser plus tard.

CNA: Existe-t-il en Europe une association de collectionneurs dédiée aux monnaies satiriques ?

C.S: Non

CNA: Y a-t-il des monnaies satiriques fabriquées aujourd’hui contre les souverains ou les présidents ?

C.S: Il y a actuellement un petit mouvement de modification des billets en euros. Une conséquence intéressante de la publication de mon livre serait l’apparition de satiriques modernes à l’encontre des  pouvoirs économiques et politiques d’aujourd’hui.

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C. SCHWEYER, auteur de la monographie « Histoire des Monnaies Satiriques »

Le CNA remercie Monsieur Christian SCHWEYER pour sa disponibilité.

Par ailleurs, l’auteur peut être contacté directement à l’adresse suivante: christian.online@gmail.com

Source: CNA

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