Inde: démonétisation expresse des billets de 500 et 1000 roupies

Un épargnant indien en colère montrant ses billets démonétisés (crédits photos Dehli Post)

Comme beaucoup de journaux de la presse généraliste ont pu le rapporter, l’Inde a connu la semaine dernière un séisme monétaire puisque le premier ministre indien a déclaré la démonétisation immédiate, concomitante à son annonce, des billets de 500 et  1000 roupies.

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Billet indien de 1 000 roupies (crédits photos: CBI)

Cela signifie que toutes les personnes qui détenaient des billets de ces deux valeurs, au moment de l’annonce, n’avaient plus entre les mains que de jolis bouquets de nèfles!

Au delà de la radicalité de la mesure, quel est le but poursuivi par le gouvernement indien en procédant de la sorte?

Il souhaite tout simplement replacer dans le système économique légal, où les sources de revenus sont déclarées et taxées, la plus grosse partie des transactions  payées en cash.

Ce type de mesure est d’une efficacité très relative dans la mesure où les cibles supposées de cette mesure (les ménages les plus riches) stockent leurs valeurs sur d’autres supports que le cash. Ils ont accès au système bancaire. Le plus gros de leurs valeurs numéraires est donc constitué par de la monnaie scripturale et non fiduciaire, voire des actions, de l’immobilier ou de l’or.

Le rendement fiscal de cette mesure risque donc d’être limité à la petite fraude, celle des plus pauvres.

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Mais, au delà de cet objectif avoué, on peut se demander s’il n’y en a pas un autre plus inavouable.

Il y a une évidente volonté de proposer à la population une alternative au cash, qui représente 90% des paiements effectués. En effet, l’Inde est un pays sous-bancarisé. La plus grosse partie de la population ne dispose pas d’une compte bancaire. En rendant plus difficile les paiements en espèces, le gouvernement indien souhaite développer l’activité du secteur bancaire, qui sera commissionné sur toute opération passant par des comptes bancaires (virements, cartes de crédits, Mpaiements, etc…). Bref un pactole pour les opérateurs bancaires. Sur la masse du cash en circulation, les opérateurs bancaires ne sont commissionnés que très faiblement et uniquement sur les opérations qui passent par leurs  guichets physiques ou leurs ATM.

La masse des billets en circulation représente 12% du PIB indien. On considère que ce sont plus de 23 milliards de billets qui ont été démonétisés.

Les enjeux sont donc considérables aussi bien pour le gouvernement indien que pour les banques de détail ou encore la grande majorité de la population indienne.

La France a connu un épisode similaire au lendemain de la guerre de 1939-1945. Entre le 04 et le 15 juin 1945, les français ont été invités à échanger toute la gamme des billets allant du billet de 50 francs à  celui de 5000 francs, aux guichets des banques. Là aussi cette mesure visait à identifier les personnes qui avaient pu se constituer un pactole lors de la guerre, notamment grâce au marché noir.

La mesure a été relativement peu efficace. Des réseaux de « mules » s’étaient, par exemple, mis en place afin de rendre opaque l’échange et donc le blanchiment de billets provenant de fortunes soudaines et douteuses.

la recette n’est donc pas nouvelle, mais elle ne sera vraisemblablement pas plus efficace que par le passé…

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L’échange des billets, sous haute surveillance (Paris 1945)

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Le ministre René PLEVEN change ses propres billets

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Actualités de l’époque (cliquez ici pour voir la video) sur la démonétisation des billets français en juin 1945 (source: INA)

Source: Bureau du CNA

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